La crise politique en Italie fait chuter l'euro

Enrique Díaz-Álvarez14/Juin/2018Analyse du marché des devises

Le week-end dernier a été marqué par le retour de crises politiques qui martelaient fortement les actifs européens il y a quelques années. Le président italien Mattarella a refusé de nommer le candidat de la coalition populiste au poste de ministre des Finances, estimant que cela risquerait d’entraîner une sortie « dérobée » de l’euro sans mandat démocratique, les deux partis populistes ayant fait campagne sur la base de l’adhésion à la monnaie commune.

Avant les événements du week-end, la semaine précédente avait vu la reprise du dollar s’interrompre alors que les taux américains chutaient brusquement à la suite de la publication des procès-verbaux de la Fed. Les marchés étant fermés ce lundi à Londres et à New York cela signifie que l’impact global de la crise italienne sur les actifs à risque dans le monde n’est pas encore très clair.

Cette semaine, l’attention des marchés sera concentrée des deux côtés de l’Atlantique. En Europe, la politique en Italie et en Espagne sera à nouveau la clé du commerce de l’euro. Aux États-Unis, une série de rapports importants seront publiés, en particulier ceux sur l’inflation des prix à la consommation et le rapport clé de mai sur la hausse des salaires publié vendredi.

GBP

Les derniers chiffres décevants de l’inflation et le manque de progrès dans les négociations sur le Brexit ont pesé sur la livre sterling. Les récentes nouvelles venant d’Italie ont également poussé le GBP/USD à la baisse, sans faire grand chose pour soutenir la livre sterling contre l’euro.

EUR

Les derniers PMI européens ont été décevants puis éclipsés par les nouvelles politiques cette semaine. En plus de la crise institutionnelle qui se prépare en Italie, le Premier ministre espagnol Rajoy fait face à une motion de censure dont le résultat est désormais impossible à prévoir.

La montée des rendements obligataires à court terme en Italie a ramené cet indicateur clé de stress à son niveau d’il y a cinq ans en une seule semaine de trading. Alors qu’une nouvelle personne a été mandatée pour former un gouvernement, il semblerait ne pas avoir assez de soutiens parlementaires et donc de nouvelles élections sont probables. Nous pensons qu’il n’y a pas d’envie de la part de l’Italie d’une sortie de l’euro. Cela signifie que soit les populistes devront renoncer explicitement à tout mouvement dans cette direction, soit ils devront passer par des élections. Pour le moment, l’incertitude règne et la monnaie commune traverse une période difficile.

USD

Le dernier compte-rendu des minutes de la Fed publié la semaine dernière a été plus accommodants que ce que le marché prévoyait. Le compte-rendu suggère que les responsables de la Fed étaient très heureux d’autoriser un dépassement temporaire de l’inflation globale, il n’y avait donc pas d’urgence à accélérer la cadence des relevés des taux. Cela a permis un rebond des bons du Trésor, qui a repris le dessus sur les nouvelles politiques de la zone euro, ramenant ainsi le rendement clé à 10 ans sous le seuil psychologique de 3%. Cela a arrêté la hausse du dollar contre la plupart des principales devises non européennes. Ces dernières ont continué à sous-performer car la situation en Italie s’est dégradée ce week-end. Tous les regards se tournent maintenant vers les chiffres clés sur l’inflation (jeudi) et le rapport mensuel des salaires (vendredi).

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Écrit par Enrique Díaz-Álvarez

Chief Risk Officer at Ebury. Committed to mitigating FX risk through tailored strategies, detailed market insight, and FXFC forecasting for Bloomberg.